L’Amour des Loving

★★★★★

J’ai lu ce livre pour « préparer » sa sortie au cinéma. Il avait déjà attiré mon regard mais après avoir vu la bande annonce au ciné je ne voulais pas passer à côté du livre !

C’est une histoire d’amour, un morceau d’Histoire des Etats-Unis.
D’après une histoire vraie.

En 1958, Mildred et Richard s’aiment. Mais elle est Noire et il est Blanc. Et ils vivent en Virginie. Ils décident d’aller se marier à Washington. Malheureusement leur certificat de mariage ne vaut rien dans leur ville natale.

Le couple ne se bat pas pour une cause universelle, ils se battent d’abord pour avoir le droit de s’aimer et de vivre avec leur enfants dans la légalité et où ils veulent. Ils ne se font pas défenseur d’une cause qui les dépasse, ils veulent juste vivre librement.
Gilles Biassette nous plonge dans l’Amérique raciste du milieu du siècle, quand quelques voix s’élèvent pour réclamer l’égalité mais que le Sud voit encore les Yankees comme des illuminés qui veulent ruiner la vraie Amérique, celle qu’ils défendent (et qui a la peau la plus pâle possible, donc).

C’est une période et un sujet qui me passionnent. Je ne peux pas dire que je cherche à comprendre cette mentalité, les réflexions et pensés des sudistes blancs sont aberrantes pour l’humaine du XX(I)e siècle que je suis. Mais l’ambiance et la force de caractère des gens qui ont lutté contre la ségrégation (surtout les gens « normaux » comme cette tenancière de bar qui jette de son établissement un jeune homme qui refuse d’utiliser les toilettes utilisées par les Noirs) me fascinent. Et ça redonne le moral de voir que les petites actions de chacun peuvent finir par avoir un réél impact sur une situation donnée.

Le film est sorti hier, mais vous avez encore un peu de temps pour le lire et en profiter au ciné dans la foulée !
Ou ne faire que le lire, parce que c’est un très bon roman !

(Les Editions Baker Street m’ont gentiment envoyé cet exemplaire, mais sachez qu’il est sorti en poche aux Editions Points)

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

mockingbird

 

Depuis quelques années ce livre traine dans un coin de ma tête. Depuis Noel, il est sur le dessus de ma PAL. Mais le dessus d’une PAL étant quelque chose de totalement aléatoire, il n’a pas été ma première lecture de l’année.
J’aime lire un livre quand je sens que c’est le moment de le lire.
(J’aimerais faire ça avec le ménage chez moi… mais je pense que dans ce cas même « C’est du propre » rebrousserait chemin.)

En une phrase : à Maycomb, ville du sud des Etats-Unis, vers la moitié des années 1930, une jeune enfant raconte trois années de son enfance, notamment marquées par le fait que son père (un Blanc) est commis d’office pour défendre Tom (un Noir) accusé (à tord) d’avoir violé Mayella (une Blanche).
Oui, cette phrase est longue.
Mais elle ne reflète pas du tout la teneur du livre.
Scout Finch (la petite fille) raconte avec ses mots et surtout avec sa vision d’enfant tous les évévements relatifs à cette affaire mais aussi sa vie de petite fille, les relations avec son frère qui entre dans l’adolescence, les relations avec son père, leurs voisins, leur « bonne » Calpurnia. (je mets « bonne » entre guillemets parce que comme dans la plupart des livres américains qui sont passés à la postérité, on suit l’histoire d’une famille qui traite les Noirs avec beaucoup de respect, et sont en avance sur leur temps, Calpurnia est leur « aide de maison » pas leur esclave).

On aperçoit en fond la crise économique qui frappe les Etats Unis à cette époque, mais ce n’est pas le sujet principal, la famille Finch étant peu touchée directement. On se retrouve immergés dans la vie quotidienne d’une petite ville du Sud, ses us et coutumes et son climat particulier que vient accentuer le procès pour viol et l’investissement du père de Scout pour la défense de Tom (là où tous ses concitoyens s’attendaient à ce qu’il ne fasse rien).

Une chose m’a marquée vers la fin du livre. La maîtresse de Scout, s’insurge à propos des lois injustes que Hitler fait passer en Allemagne contre les Juifs, Scout ne comprend pas comment on peut « détester autant Hitler si c’est pour se montrer odieux avec les gens de son pays ». J’ai pris fortement conscience à ce moment que pour tous les habitants de Maycomb il était tout a fait normal de considérer les Noirs comme appartenant à une autre catégorie d’êtres humain. Jusque là j’avais compris leurs remarques et manière d’être comme le racisme ordinaire régnant dans le sud des Etats Unis à cette époque (et qui donc aurait tout aussi bien pu se manifester à l’encontre de n’importe quelle communauté). Mais cette indignation de la maîtresse fait ressortir le clivage Blancs/Noirs.

C’est un beau roman sur l’enfance, et la compréhension que les enfants ont du monde qui les entoure (et qui est beaucoup plus aiguisé que ce que l’on pourrait croire). Il se classe dans les classiques, mais le style d’écriture est très vivant (vous connaissez ma réticence aux classiques…).