Le Tsar de l’amour et de la techno

★★★★★

Commençant dans les tunnels sous Leningrad pour se conclure dans les confins du système solaire, le Tsar de l’Amour et de la Techno parcourt un siècle d’Histoire, tout un continent, et dépeint une galerie de personnages dont le destin est lié par un obscur tableau du XIXe siècle.

Un soir, un peu tard, j’ai cliqué pour demander ce livre sur NetGalley. Surement le côté historique et cette histoire de tableau qui m’ont attiré… sauf que le lendemain en relisant la 4e de couv et en regardant de plus près le titre et la couverture, j’ai eu comme un doute (un peu comme quand on reçoit un pull commandé sur asos vers 2h du mat après 3 heures passées à errer de site en site… vous voyez l’idée ?).

Mes réticences quant à la couverture et le titre ne se sont toujours pas estompées mais j’ai compris en quelques pages que ce livre était une merveille.

Anthony Marra compose une galerie de personnages drôles et tragiques à la fois. De nombreux passages frôlent l’absurde, mais est-ce lié au roman ou aux périodes dont il est question ?

Chaque personnages a sa vie , son indépendance (il s’agit en fait de 9 nouvelles), mais c’est toutes assemblées par la fine toile tissée par l’auteur qu’elles prennent une autre dimension. Apportant un point de vue différent, un complément d’information… On navigue entre 1937 et 2013, entre la Russie et la Tchétchénie, avec peu de points de repère et pourtant tout semble clair.

Une lecture dont je me souviendrai longtemps !
(et que je vous recommande chaudement, en vous rappelant qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Littéralement.)

Les Romanov

 

★★★★☆

Ce livre fait peur. 900 pages d’un ouvrage de non-fiction sur la famille des Roumanov. De leur arrivée au pouvoir au déclin à la fin des années 1910.

J’ai décidé d’aborder ce livre comme un roman. Au pire j’ai été un peu perdue, au mieux, j’arrivais à resituer les gens d’un chapitre à l’autre (sachant que les proches des tsars défilent vite, beaucoup se retrouvant en pleine Sibérie pour un oui ou pour un non, mieux vaut ne pas trop s’attacher à eux).

Je l’avoue : je n’ai pas TOUT lu. Au départ je m’étais dit « une partie, un autre livre, une partie, un roman… » oui sauf qu’en vrai quand tu tombes de fatigue après une longue journée de boulot un bon roman c’est quand même plus enthousiasmant que la vie d’une famille de gens à la limite de la folie (t’en connais beaucoup des pères qui décapitent leur fils « parce qu’on sait jamais » ?)
J’ai donc lu l’intro, la première partie « l’ascension » et une grande partie de la vie de Nicolas II (et là mon fichier, prêté par NetGalley, a expiré…)

MAIS, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai lu.
Toute la partie sur l’ascension est très intéressante. Imaginez : quand en France on avait Versailles, les dîners, le faste… en Russie la soirée la plus huppée consistait à boire jusqu’à tomber dans le coma, et un dîner n’était réussi que si les convives se battaient. (A noter que les fêtes ne sont pas mixtes, mais elles sont à peu près identiques des deux côtés, peut-être un peu moins violentes chez les femmes).
La société est extrêmement violente. Certains enchainements de tortures sont complètement hallucinants (on sait jamais, le type qu’on a empalé et dont on a brisé les os, on peut rajouter un écartèlement et une décapitation… juste pour être sûr qu’il a bien souffert) (enfin il est surtout mort avant en fait… la plupart du temps).
Pendant toute cette période, la Russie est complètement renfermée sur elle-même, aucun échange avec l’Europe occidentale ni avec l’Asie voisine.
Quand j’ai zappé la deuxième partie du livre je suis arrivée directement à une ère nettement plus ouverte, le Tsar ayant épousé une allemande. Mais j’ai été coupée dans mon élan, je n’ai aperçu que les prémisses de la révolution d’Octobre (notamment le fait que le Tsar n’a rien compris de ce qu’il se passait dans son pays… mais on s’en doutait).

J’ai découvert des choses intéressantes sur la Russie qui peuvent expliquer certains faits contemporains (et si j’avais tout lu je suis sûre que j’en aurais appris beaucoup plus !)

Je pourrais vous conseiller ce livre mais ça serait un peu facile de vous dire qu’il est accessible à tout le monde et se dévore comme un roman. J’ai passé 4 ans à la fac à étudier l’histoire et j’en ai lu des livres bien arides (et surtout pédants), donc je sais que celui-ci est agréable à lire et intelligemment écrit mais non, ce n’est pas un roman de plage.

Si vous avez lu un roman qui se passe en Russie (que ce soit au XVIe siècle ou au XIXe) ça m’intéresse beaucoup de pouvoir compléter cette lecture (très partielle) !

Noureev

noureev

Depuis quelques années, j’ai pris goût à la danse classique et en tombant sur cette biographie en libraire, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de me pencher d’un peu plus près sur la vie d’un grand danseur, chorégraphe, et je l’ai découvert dans ce livre, chef d’orchestre !

Tout son parcours y est raconté, de son enfance en Union soviétique avec un père qui est contre l’idée qu’il danse, son entrée au ballet du Kirov, ses problèmes avec le KGB, son passage à l’Ouest, et enfin sa vie en Occident.
On y découvre un homme au caractère fort, plutôt imbu de lui-même (même si il a de quoi se considérer comme un génie, en fait) mais qui travaille très dur, est aussi exigeant avec lui-même qu’avec les autres, voir plus encore. Un homme qui aime être entouré mais qui à le goût de la solitude.
J’ai été très intéressée par ses relations avec l’URSS (ça c’est mon côté « historienne » qui ressort), avant et après son passage à l’Ouest. Les commissaires du KGB qui lui pourrissent la vie, ses camarades de ballet qui l’espionnent, puis une fois à l’Ouest sa peur perpétuelle (et justifiée) de se faire enlever par le gouvernement russe…

La biographie est bien écrite, se lit facilement.
(Je fais une fixette sur les bio où tu rames. Surement un traumatisme enfantin lié à une bio des Spice Girls)
Il y a quelques anecdotes qui sont répétées 2 ou 3 fois… donc oui, j’ai BIEN compris et il est probable que je m’en souviendrais longtemps : un jour Noureev annonce à ses amis « je ne boirais plus de vin blanc », tous s’exclament, et lui reprend « je ne boirais plus que du champagne ! »

Je pense que ce livre n’intéressera pas tout le monde, une affinité avec la danse classique me semble « nécessaire » pour que cette biographie vous parle un minimum. Mais si découvrir la vie d’un grand artiste au parcours marqué par le contexte politique vous intéresse, choisissez ce livre !

On me souffle dans l’oreillette qu’il y a une expo sur Noureev à la Mairie du 17e à Paris. Elle commence aujourd’hui (une vraie coïncidence !)(je vois bien que vous ne me croyez pas, mais j’ai ma conscience pour moi) et dure jusqu’au 9 juillet. Plus d’infos ici.