Mycroft Holmes ★★★☆☆

Mycroft Holmes, à 23 ans, vient d’entrer au service du Ministère de la Guerre quand il apprend la mort d’enfants sur les plages de Trinidad. Embarqué avec sa fiancée et son ami Douglas il se rend sur place pour mener l’enquête.

J’ai passé un bon moment de lecture. Cette enquête est bien menée, avec assez de fausses pistes et de « déductions » pour garder un rythme sympa. On retrouve un petit côté holmesien (que les puristes trouveront surement trop léger, il l’a été pour moi, qui n’ai pas lu un « vrai » Sherlock Holmes depuis une quinzaine d’années…).
Friande de romans historiques, j’aime toujours quand un roman se situe ailleurs que dans notre présent (ça marche aussi avec le futur en fait…). Evidemment la description du Londres ou de Trinidad à la fin du XIXe siècle n’est que secondaire dans ce roman, mais on est plongé au cœur de la célèbre course Oxford-Cambridge sur la Tamise, sur un bateau traversant l’Atlantique (je sais pas si c’est moi, mais il y a une petite « blague » Titanic à un moment).
Douglas étant un homme de couleur, la question de sa place dans la société est plusieurs fois évoquée, ce qui est également intéressant. Peu de femme dans ce roman… ce qui peut en soi représenter une information.

Hasard des classements, il est indiqué comme « steampunk » sur les librairies en ligne alors qu’il ne l’est pas du tout. Je m’en suis rendu compte au bout de quelques pages. un peu déçue donc, mais la rencontre avec un Sherlock étudiant aura su détourner mon attention !

Une lecture très sympathique mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

La Maison des Turner ★★★☆☆

Deuxième livre de la rentrée littéraire que je lis. Il sort aujourd’hui même en librairie !

Je suis un peu perdue pour parler de ce livre.

Le prologue, faisant apparaître un fantôme dans la chambre de l’aîné, laissait entendre un livre dans le style du Prince des Marées. Une enfance empreinte de merveilleux qui cache une pauvreté, un dysfonctionnement, voir un secret familial lié à ce fantôme (qui laisse quand même une marque de strangulation sur le cou du gamin).

Mais en fait on lit l’histoire de la famille Turner au moment où les treize enfants doivent décider de vendre ou non la maison familiale. L’histoire d’une famille noire américaine à Détroit. Une famille pauvre.
On suit plus particulièrement le premier enfant Cha-cha et la treizième, Lelah.
Cha-Cha commence à voire une psy après un accident. Celà va soulever beaucoup de questions et remettre ses certitudes en cause.
Lelah, vient de se faire expulser de son appartement et son addiction au jeu refait surface.

C’est un roman sur les liens complexes dans une fratrie. Ceux qui sont partis, ceux qui sont restés, les pièces rapportés, les problèmes de chacun.
J’ai particulièrement aimé le principe de réunion en conseil pour prendre les décisions (on est que 3 frères et soeurs, mais je pense qu’on va pouvoir instaurer ce principe quand même !)

Donc une lecture en demi-teinte, principalement parce que ce livre n’était pas totalement ce à quoi je m’attendais. Mais pris en tant que plongée dans une famille très nombreuse de Détroit face à la crise, c’est un bon roman sur les liens familiaux.

Angela Flournoy, La Maison des Turner, Les Escales, 352p.
Lu en SP grâce à NetGalley et Les Escales.

Une histoire trop française ★★★☆☆

Et c’est parti pour la rentrée littéraire 2017 sur le blog !
Il n’y aura que 4 livres (pour l’instant) et étalés jusqu’à début octobre.

Une histoire trop française est sorti hier en librairies.

Si je l’ai lu rapidement, je dois dire qu’il m’a laissé un peu sur ma faim. Et peut-être rappelé pourquoi je lis si peu de roman français.

Sur fond de scandale sanitaire, Fabrice Pliskin décrit avec force de cynisme et d’ironie les bassesses et les faiblesses humaines. Louis, l’écrivain raté est morne, Jodelle le patron n’est que cynisme déguisé en humanisme. Jodelle embarque ses salariés dans une escroquerie énorme tout en s’en dédouanant avec l’idée qu’il offre un salaire à leurs familles. Louis méprise tous ses collègues et surtout lui-même.

On ressort de ce livre en ayant ingéré une bonne dose de cynisme. C’est vraiment comme ça partout ? Et oui, certainement…
C’est l’image que j’ai d’une certaine catégorie de romans français contemporains : on se triture le nombril, on est cynique, on soupoudre d’allusions sexuelles… on déprime pour coller au sport national.
Je ne dis pas que toute la littérature doit être émerveillement, joie et cœur avec les doigts, mais le cynisme devrait avoir un côté jubilatoire que ce livre n’a pas.

Fabrice Pliskin, Une histoire trop française, Fayard, 420p
Lu grâce à NetGalley

La Tresse ★★★☆☆

Comme je le pressentais je n’ai pas eu le coup de cœur absolu de certaines pour ce livre. Je l’ai pourtant lu d’une traite dimanche après-midi (enfin non pas vraiment d’une traite, aux alentours de la page 130 j’ai été prise d’une envie soudaine de faire le ménage de ma salle de bain.)

On découvre une tranche de vie de trois femmes sur trois continents différents. Chacune vit un tournant dans sa vie. Un départ, une rencontre, un combat. Et soudain le lien entre les trois protagonistes devient évident. La tresse.

Malgré une écriture fluide et un rythme qui poussent à tourner les pages très rapidement, je reste un peu sur ma faim concernant cette histoire. Je ne me suis pas particulièrement attachée aux personnages (alors qu’on sent que c’est le but profond de ce roman, nous toucher). L’histoire est belle et pleine d’espoir, le personnage de Smita est celui qui m’a le plus intéressé. La violence et l’injustice dans laquelle vivent les intouchables en Inde sont purement révoltantes (autant te dire qu’à côté de ça l’avocate carriériste qui se retrouve au placard ça ne m’a pas trop touché… alors qu’à une certaine échelle son histoire est aussi violente et injuste).

Ce petit roman, 220 pages, m’a surtout semblé trop court.
Je me rends compte que j’ai une attirance plus forte pour des romans longs (aux alentours de 600 pages. 400 c’est une sorte de moyenne basse, 800 une moyenne haute. La barre psychologique pour le « vraiment long » étant 1000 pages). Certains auteurs sont tout à fait capable de condenser en peu de pages l’essentiel et de produire un travail qui sera plus « stupéfiant » qu’immersif (je pense à En Attendant Bojangles, moins de 200 pages mais d’une force incroyable). Mais aux alentours de 400/500 pages on peut vraiment créer un univers, en tant que lectrice je me sens plus immergée, je ne me sens pas privée de détails ou de contexte. (même s’il y a aussi des auteurs « pisse-copie » qui rendent les 600 pages indigestes et laborieuses).

La Tresse est un beau roman, qu’on verrait bien adapté en film, une lecture rapide et agréable, avec un « bon fond ». (je vois pas comment qualifier cette volonté forte de créer l’empathie et la sympathie de la lectrice, puisque c’est clairement le lecteur de sexe féminin qui est visé ici)

Laetitia Colombani, La Tresse, Grasset, 224p.

HHhH ★★★★☆

IMG_0445_2Je suis une grande amatrice de romans historiques et pour une fois celui-ci m’a surpris. Pas sur le fond, mais sur la forme.

Laurent Binet raconte l’histoire de l’opération Anthropoïde : en mai 1942 à Prague, un Tchèque et un Slovaque ont pour mission d’éliminer Reynard Heydritch (un des instigateurs de la solution finale).
Dans le déroulé, rien de plus classique : les personnalités des protagonistes, leur parcours, les stratégies mises en places…

Le « mais » est dans la forme.
Tout en narrant l’opération Anthropoide, Laurent Binet expose également ses recherches, ses doutes, son rapport à cet épisode de l’Histoire.
Et c’est ce qui a le plus attiré mon attention (je vous avoue qu’en fait l’opération Anthropoïde ne m’a pas passionnée. Evidemment je trouve ça intéressant, je n’en avais jamais entendu parler avant, mais l’Histoire de la Moravie au XIIe siècle (entre autre) c’est pas ce qui me passionne le plus). Certains passages m’ont fait penser à Emmanuel Carrère (les doutes, la vie privée…), d’autres sont intéressants du point de vue de la méthode de l’écrivain de fiction face au fait historique. Qu’a t’il le droit d’écrire ? Ce personnage, qui a réellement existé, a t’il dit ça ? aurait-il vraiment fumé une cigarette à ce moment précis ? bref tout ce que les auteurs de romans historique et/ou d’essais (dans une moindre mesure) nous cache.

L’écriture est parfaite. Le Prix Goncourt du premier roman est amplement mérité (si tant est que j’ai mon mot à dire à ce propos !). Je pense que je lirai La Septième fonction du langage dont je n’ai entendu que du bien !

Laurent Binet, HhHH, Le Livre de Poche, 448p

 

La Servante écarlate ★★★★★

IMG_0458_2 On a énormément parlé de La Servante écarlate ces derniers temps. La première fois que je l’ai vu c’est sur Our Share Shelf, puis chez Books and quills… et enfin la vague a atteint la France.

La plupart des avis que j’ai lus/vus parlait de la dimension féministe de ce livre. Moi, c’est le glissement presque imperceptible mais néanmoins très rapide vers cette situation de totalitarisme qui m’a vraiment marqué. L’enchainement des événements semble plus que plausible dans notre monde actuel. Ce qui est glaçant.

La situation est celle-là : dans la république de Gilead, les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses, les Martha et les Servantes écarlates. Les Servantes ont pour unique fonction la reproduction.
Defred intercale des événements de sa vie actuelle et de sa vie d’avant, nous apportant une partie des réponses concernant la vie à Gilead. Mais surtout, en tout cas c’est ce que je retiens du livre, elle nous éclaire sur la facilité avec laquelle ce nouvel ordre s’est installé. Je vous laisse découvrir, mais c’est sidérant. Et tellement réaliste.

Je ne voudrais pas en dire trop, mais que ce soit pour le côté féministe ou politique (installation d’un ordre nouveau), je vous conseille la lecture de ce roman d’anticipation (c’est fou de penser qu’il a été écrit en 1985). Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est incroyablement contemporain.

Margaret Atwood, La Servante écarlate, Robert Laffont, 544p