Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique

★★★★☆

De quoi ça parle ?

Nikki a arrêté ses études et s’est installée au dessus du pub londonnien où elle est serveuse.  C’est en allant déposé une annonce matrimoniale pour sa sœur au temple sikh de Southall (quartier où la communauté pendjabie est établie) qu’elle découvre une offre pour le poste d’enseignante pour un cours d’écriture.
Ne voyant pas de risque à donner des cours à un groupe de veuves dans un temple, elle est bien étonnée de la tournure que prennent ceux-ci ! (c’est-à-dire, une dizaine de veuves qui se lancent dans des récits érotiques)

Pourquoi il faut que tu le lises

Je dois t’avouer que je ne pensais pas que je le lirai aussi vite. Je m’étais dit « oh un ptit bouquin sympatoche, avec un titre comme ça, ça doit être léger ».
Ne jamais sous estimer un « bouquin sympatoche ».

Ce livre, sous couvert d’un récit léger et soupoudré d’histoire érotiques racontées par les veuves, met en relief la place des femmes indiennes dans la société occidentale. Entre respect des traditions et envie de modernité. Comment libérer leur parole et répondre à leur envie d’être plus entendues dans une communauté où elles sont majoritairement reléguées au travaux domestiques ? Comment redonner une voix à ces femmes qui deviennent transparentes aux yeux de leur communauté dès que leur mari décède ?

A Montréal je vis dans un quartier où il y a beaucoup de sikh et ce livre m’a appris beaucoup de choses sur leur culture (enfin au niveau qu’un livre de 300 pages peu apporter). Je pense que ça a beaucoup participé à mon intérêt pour ce livre. Mais c’est aussi plaisant car il y a plusieurs intrigues, concernant la communauté et Nikki.

Balli Kaur Jaswal, Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique, Belfond, 352p.
Reçu en SP via NetGalley

Cueilleuse de thé

★★★★☆

Les Editions Charleston m’ont gentiment envoyé Cueilleuse de thé (parce que Lectrice Charleston un jour, Lectrice Charleston toujours !)

Contrairement à la grande majorité des romans Charleston, il n’y a pas de parallèle entre deux époques, mais plutôt entre deux mondes. Shemla, cueilleuse de thé au Sri Lanka, parvient à réaliser son rêve d’aller en Angleterre parfaire sa maîtrise de la langue anglaise. Sur place elle découvre notre monde occidental. Ses avantages et ses travers.

Shemla est une femme forte et déterminée qui veut changer son destin. La vie des cueilleuses de thé dans les plantations au Sri Lanka sont dures (je ne regarde plus mon sachet de thé de la même façon, je vais surement changer pour une marque du commerce équitable… en espérant que ça ne soit pas que de la poudre aux yeux). C’est un travail harassant et elles sont à la merci des kangani, les surveillants qui n’hésitent pas à abuser de leur petit pouvoir.
De la violence il y en a également dans le mariage du kangani qui bat sa femme, vengeance à un mariage arrangé qui ne lui convient pas.
En Angleterre, le parcours laisse de Shemla voir la violence (plus insidieuse) faites aux immigrés, notamment les femmes, qui sont en position de faiblesse vis à vis de leurs employeurs.

Dans ce Prix du livre romantique, le romantisme n’est qu’au deuxième plan, loin derrière le quotidien des femmes indiennes au Sri Lanka et en Angleterre.
Malgré un fond très noir, ce roman est plein d’espoir, tout en ne tombant pas dans la facilité et l’angélisme.

Funny Girl

★★★★☆

Il y  quelques semaines je suis allé voir ma soeur qui s’est installée à Londres et évidemment j’ai coordonné ma lecture à l’activité du week-end (et aux 6h d’eurostar aller-retour).

Ce n’est pas le premier Hornby que je lis (Vous descendez ?, évidemment) et comme en plus le cadre du roman fait parti de mes époques/lieux préférés je m’attendais à passer un bon moment. Et ce fut le cas !

Nick Hornby nous raconte l’évolution de la société britannique au travers de la vie de son héroïne, Barbara, mais aussi grâce à la série télé à laquelle elle participe.
Barbara est une jeune femme de Blackpool (la province), avec un physique de bimbo (désolée pour l’anachronisme) mais la très forte volonté de faire de la comédie et pour ça elle va forcement aller à Londres. Après quelques déboires (son agent rêve de la voir en hôtesse de bar), elle rencontre l’équipe d’une future série télé. Tous tombent sous son charme (et change 90% du scénario de départ pour s’adapter à leur nouvelle star). Barbara connait ensuite la gloire, le doute et l’amour.
En plus de Barbara, Nick Hornby centre son récit tour à tour sur les différents membres de l’équipe de la série : la star masculine qui très sur de son physique est une sorte de « bimbo »; les deux scénaristes qui permettent de mettre en avant les choix de vie que devaient faire les homosexuels à une époque où cela constituait un délit, le producteur représente une version plus traditionnelle de vie mais plus par habitude que par conviction.
Petit à petit les moeurs se libèrent, même si une frange de la population (symbolisée par Vernon Whitfield, horripilant mais très drôle) reste ancrée dans ses traditions.

La série connaît des hauts et des bas, tout comme nos personnages mais pas le plaisir qu’on a de les suivre !
J’ai beaucoup aimé ce roman, qui est léger et très drôle tout en explorant des thèmes sérieux : la place de la femme dans la société, l’évolution des moeurs, l’évolution des relations au fil de la vie…

Une excellente lecture que j’ai d’autant plus appréciée entre un english breakfast et un afternoon tea, et le délicieux accent de mes voisins d’eurostar !

 

Retour de flammes

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J’ai toujours eu un faible pour la collection Grands Détectives de 10/18 et Retour de flammes ne m’a pas déçue !

1956, Krouchtchev vient faire une visite en Grande Bretagne. Freddie Troy est affecté à sa sécurité. La visite se passe bien, si ce n’est l’humour douteux du Russe, et la délégation repart. Si ce n’est ce petit incident : les russes assurent qu’un homme-grenouille espionnait leur navire.

600 pages lues en une fois. La première partie du roman met bien en place le décors, l’Angleterre 10 ans après la guerre, mais qui ne s’en remet pas vraiment, la fin de l’ère Staline qui dégèle un peu les relations Est-Ouest… Et une petite guerre des services de police/renseignement.

John Lawton construit peu à peu l’intrigue qui va crescendo (le début est un peu lent, mais les tribulations de Krouchtchev se suffisent à elles-mêmes) jusqu’à ce qu’on ne puisse plus lâcher le livre pour avoir les réponses !

Du sang sur Abbey Road

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Ca faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman policier ! Un meurtre, une enquête, un peu de sang…

J’ai choisi celui-ci lors d’une de mes nombreuses errances « je suis en avance, je peux bien faire un tour chez Gibert » principalement pour le titre. Ce qui se touche de près ou de loin aux Beatles m’attire inévitablement, résurgence de mon adolescence. (Mon préféré c’est George, voilà c’est dit)

Du sang sur Abbey Road ne parle pas tant que ça de Beatles, même si on y croise les scruffs, ces ado qui trainaient devant les studio d’Abbey Road, quelques références à des chansons, à l’arrestation de Lennon pour possession de drogues… Enfin je pense que si on parle de Londres en 1968  il est assez inévitable de parler des Beatles à un moment ou à un autre.

Revenons au principal : l’enquête. Elle est bien menée. Un peu longue à démarrer, mais les personnages tiennent la longueur et permettent de « meubler » cette petite lenteur en apportant un éclairage sur la société en pleine mutation à l’époque.
Les enquêteurs sont un Irlandais et une femme. Deux minorités assez malmenées dans les années 1960. Cathal Breen est le fils d’un émigré Irlandais qui travaillait dans le bâtiment et a voulu un avenir meilleur pour son fils, l’excluant totalement de tout rapprochement avec la communauté irlandaise.
Helen Tozer est élève inspecteur, une femme dans un univers d’hommes. Mais surtout une femme qui prend la « place » d’un homme, parce qu’en terme de femme dans un univers d’homme il y a Marilyn, la sténo du service, qui joue parfaitement son rôle de « femme » : elle sert le thé, va chercher sandwiches et gâteaux…  La rencontre entre Marilyn et Tozer (première différenciation : l’une est appelée par son prénom, l’autre par son nom) fait ressortir une certaine jalousie, mais aussi une forme d’envie de la part de Marilyn.
On assiste aussi à une scène assez hallucinante où Breen et Tozer vont interroger un témoin (un homme), qui propose du thé… et demande tout naturellement à Tozer si elle va les servir.
On est également témoin de racisme puisque le coupable tout désigné par les voisins est l’Africain qui vient de s’installer dans le quartier…

Une enquête sympa, qui met en relief les mutations de la société anglaise de la fin des années 1960