Joseph Anton

anton

919 pages.
(je commence par ça, c’est important quand même)

J’avais déjà eu très envie de lire ce livre lors de sa sortie, et puis un livre en chassant un autre, j’ai fini par ne plus y penser. Je l’ai reçu en cadeau à Noël, et j’ai décidé que ça serait ma première lecture de 2014.

Le 14 février 1989 une fatwa est prononcée contre Salman Rushdie pour avoir écrit Les Versets sataniques.
Rushdie relate ici sa vie à partir de ce jour. D’un homme libre, écrivain évoluant dans les cercles littéraires anglais il devient subitement un homme traqué, entouré en permanence de policiers et gardes du corps.

Cette autobiographie est écrite à la troisième personne. C’est assez surprenant, mais cela apporte une certaine distance et par moment on a l’impression qu’il s’agit d’un roman (l’inverse de Lennon, finalement). Mais finalement cela correspond parfaitement à la situation : assez vite il doit choisir un pseudonyme, Joseph Anton, et c’est la vie de cette personne que Rushdie raconte.

La présence et l’aide de ses amis et soutiens (certains passages tournent un peu au name dropping littéraire) ont été primordiales pendant toutes ces années. Le courage et la fidélité de ce cercle proche m’a beaucoup impressionnée. Certains prêtent des maisons, d’autres choisissent de publier Les Versets dans leur pays, chacun met en œuvre les moyens qu’il a à sa disposition pour soutenir la liberté de parole.

Cette situation a rapidement raison de son mariage (déjà un peu bancal), et ce que je trouve le plus dingue c’est qu’au milieu de tout ça, il réussi à retrouver l’amour, à se marier et avoir un enfant ! La rencontre avec Elizabeth et surtout la naissance de Milan marquent un tournant dans cette vie de « prisonnier », il fait preuve une vrai volonté de continuer à poursuivre sa vie le plus normalement possible (on ne peut pas lui tenir rigueur d’avoir eu un petit épisode dépressif…)

J’ai trouvé aussi qu’il avait des mots assez durs avec certaines personnes de son entourage (je ne parle évidemment pas des gens qui ont soutenu la fatwa), mais cela doit faire parti d’une volonté de rester au plus près de la réalité (ça aurait vite tourné « bisounoursland » s’il n’avait parlé que des gens géniaux qui l’avait soutenu, et ça aurait minimisé la menace dont il était la cible) mais par moment on dirait des règlements de compte.

Cette chronique est un peu morcelée mais c’est difficile de parler d’un livre de 900 pages racontant la majeur partie de la vie d’une personne en peu de mots.
Ce livre m’a donné envie de relire Les Versets sataniques (dont je n’ai aucun souvenir, mais je pense que maintenant que j’ai connaissance de la genèse du livre et des critiques (de la folie, plutôt) qui l’a entouré, je suis mieux armée pour le comprendre) et d’autres œuvres de Rushdie.
J’ai mis beaucoup de temps à le lire mais à aucun moment je ne me suis lassée, je savais qu’il ne ferait pas parti des livres que j’allais abandonner dès les premières pages (j’ai même osé lire un autre livre au milieu, pour détendre un peu l’atmosphère, sans avoir peur de délaisser Joseph Anton).

Joseph Anton s’adresse autant à des gens qui ont lu les œuvres précédentes de Rushdie, vous y trouverez de nombreuses informations sur les circonstances d’écriture de ces livres, qu’à ceux qui n’ont jamais lu de Rushdie avant, vous découvrirez sous un autre angle une des grandes affaires de la fin du XXe siècle, et cela vous donnera surement envie de lire ses romans !

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2 réflexions sur “Joseph Anton

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